À nous de jouer !

DE

Transiter quand on est trans

Publié par
Le Lab' de DécadréE

Par Velia Ferracini, publié le 25 juillet 2022
Voir l’article source sur DécadréE

Être une personne transgenre implique d’accepter l’inconnu et les situations parfois cocasses. Voyager, par exemple, peut s’avérer plus compliqué que prévu. Témoignage.

Voici le récit du périple d’un homme trans en Amérique du Nord. C’est parti… Direction le Mexique et les États-Unis pour une aventure pleine de péripéties.

Avant le voyage

Cette année, j’ai décidé de partir explorer le monde en compagnie de mon meilleur ami qui a achevé sa transition il y a plus de 5 ans. Avec la testostérone et sa mammectomie, son identité de genre ne fait plus aucun doute et pourtant, les préparatifs ont été mis à rude épreuve.

Tout d’abord, il a fallu calculer et adapter nos dates de voyage en fonction de son injection de testostérone. C’est seulement après avoir échafaudé un itinéraire du tonnerre que nous avons dû revoir nos idées à la baisse parce qu’il fallait finalement rentrer plus tôt pour ses hormones. L’idée est ensuite venue qu’il pourrait peut-être emporter son injection (seringue et produit) avec lui et se la faire sur le bord d’une route, entre deux canyons du Far West.

Aux vues des milles et une réglementations aériennes et douanières, tant mexicaines qu’américaines, l’idée d’amener un objet pointu susceptible d’être qualifié d’arme et son produit hormonal de compagnie, l’androtardyl, considéré comme dopant, a rapidement semblé mauvaise. Et trouver un·e·x docteur·oresse et traduire l’ordonnance paraissait encore plus compliqué. Nous avons donc décidé de modifier notre itinéraire.

Étape 1 : prendre en compte les exigences médicales.

Mais les complications étaient loin d’être terminées. Deuxième étape, le pass covid. En effet, mon ami avait un passeport à son nom depuis environ deux mois, mais sa fiche de sécurité sociale n’avait pas encore été mise à jour. Il a eu de la peine à obtenir un pass vaccinal ne portant pas son dead name et nous permettant d’entrer aux États-Unis sans suspicion.

Étape 2 : vérifier que les aspects administratifs soient en ordre, car je n’ose même pas songer au passage d’une douane avec des documents d’identité non conformes. Ce fût un soulagement lorsque ses papiers ont été mis à jour pour partir : « Avant, je n’avais pas les papiers correspondants et c’était une crainte permanente. Devoir se justifier était horrible, donc je suis heureux de ne pas avoir eu à revivre ça », explique Archibald Gibut-Monzon.

Pendant le voyage

Durant notre périple, et surtout en arrivant au Mexique, nous avons craint qu’il subisse de la transphobie. En effet, malgré la présence de personnes trans au sein du gouvernement mexicain, les idées ne sont pas partout les mêmes. Voyager, c’est aussi s’exposer à des pays dans lesquels la situation des personnes LGBTQIA+ n’est pas la même qu’en Europe.

Étape 3 : se renseigner sur les idées politiques des pays que l’on décide de visiter. Par exemple, se rendre à Brunei quand on est une personne trans peut s’avérer une mauvaise idée, puisqu’il s’agit d’un pays dans lequel la communauté LGBTQIA+ est persécutée et parfois condamnée à mort – élément inscrit dans le code pénal. Il existe d’ailleurs une étude ayant émis un classement des pays les plus dangereux aux pays les plus sûrs, le Brunei étant d’ailleurs le pays le moins bien noté de la liste.

Au début, nous avons évalué la situation en évitant de se déplacer en ville la nuit ou en prévoyant des tenues plus “révélatrices”. Peu à peu, nous nous sommes rendu compte que les mexicain·e·x·s ne semblaient pas réellement prêter attention à nous, mais nous avons tout de même continué à être prudent·e·s et éviter de porter nos tenues vestimentaires les plus exubérantes.

Arrivé·e·s aux États-Unis, nous n’avons pas rencontré de véritables difficultés pour passer les douanes et l’atmosphère est devenue beaucoup plus agréable. Tout d’abord, notre hôtel proposait une offre spéciale pour les membres de la communauté LGBTQIA+, en l’honneur du mois des fiertés. Malheureusement, il fallait l’indiquer en réservant et, comme nous n’étions pas au courant, nous n’avons pas pu en bénéficier. Cela dit, le fait de savoir qu’une telle proposition était faite par notre hôtel nous a permis de nous sentir immédiatement plus en sécurité. En réalité, le mois des fiertés était omniprésent et, de même, lorsque nous nous sommes rendu·e·x·s à New York, nous avons vraiment eu l’impression d’être dans un autre monde, avec les habitant·e·x·s et touristes qui exhibent mille et une identités colorées.

New York est d’ailleurs l’un des espaces les plus safe à ce niveau-là et ça a été un véritable coup de cœur. Nous avons décidé qu’il faudrait même y retourner pour se rendre à des événements organisés par la communauté LGBTQIA+.

Dernier conseil : se renseigner, avant de partir, sur les offres éventuelles faites aux personnes arc-en-ciel.

Après le voyage

À la suite de ce voyage, mon ami a accepté de me livrer son ressenti sur notre périple. Le voyage s’étant bien déroulé, il a tout de même évoqué quelques épisodes marquants : « Quand je portais des vêtements qui cachaient le fait que je n’ai pas de pénis par exemple, je me suis senti bien, car personne ne pouvait se douter de ma transidentité ». Il évoque cependant des moments de crainte : « Au contraire, quand je portais des vêtements plus codés féminins, je me mettais un peu en danger, mais j’ai trouvé que c’était bien autant au Mexique qu’aux États-Unis ». L’habillement a pu être un sujet d’inquiétude, puisqu’il est malheureusement actuellement toujours genré dans de nombreux pays.

L’accès aux lieux publics a aussi été difficile : « Les lieux où j’étais le plus inquiet, c’étaient les WC ». Il développe : « Au Mexique, c’était compliqué et j’ai parfois refusé d’aller dans les WC publics genrés, parce qu’il suffit qu’il n’y ait que des pissoirs pour se sentir menacé et mal regardé ».

La nudité a également été une source d’anxiété. Il explique : « À la plage, au Mexique, je me suis inquiété du fait d’être reconnu. Avoir mes cicatrices, qui sont spécifiques aux personnes trans, provoquent une inquiétude ». Heureusement, il ne lui est rien arrivé, mais le stress a tout de même été présent, notamment à Las Vegas, dans un hôtel où la piscine était petite et les gens à proximité.

Finalement, le voyage n’était donc pas très différent pour une personne trans, mais il est important d’avoir conscience de ces petits éléments pour ne pas se laisser surprendre. Voyager, c’est aller à la rencontre des autres et il est important de savoir comment l’on va être accueilli·e·x. Peut-être vaut-il mieux d’éviter de partir à la dernière minute sans se renseigner sur sa destination. Éventuellement, si vous êtes inquiet·e·x·s, vous pouvez contacter les associations LGBTQIA+ sur place et vous renseigner sur les directives des aéroports que vous allez traverser.

Velia Ferracini

Crédits image principale : Archibald Gibut Monzon

Crédits : Pexels, Ketut Subiyanto

Par Velia Ferracini, publié le 25 juillet 2022
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Être une personne transgenre implique d’accepter l’inconnu et les situations parfois cocasses. Voyager, par exemple, peut s’avérer plus compliqué que prévu. Témoignage.

Voici le récit du périple d’un homme trans en Amérique du Nord. C’est parti… Direction le Mexique et les États-Unis pour une aventure pleine de péripéties.

Avant le voyage

Cette année, j’ai décidé de partir explorer le monde en compagnie de mon meilleur ami qui a achevé sa transition il y a plus de 5 ans. Avec la testostérone et sa mammectomie, son identité de genre ne fait plus aucun doute et pourtant, les préparatifs ont été mis à rude épreuve.

Tout d’abord, il a fallu calculer et adapter nos dates de voyage en fonction de son injection de testostérone. C’est seulement après avoir échafaudé un itinéraire du tonnerre que nous avons dû revoir nos idées à la baisse parce qu’il fallait finalement rentrer plus tôt pour ses hormones. L’idée est ensuite venue qu’il pourrait peut-être emporter son injection (seringue et produit) avec lui et se la faire sur le bord d’une route, entre deux canyons du Far West.

Aux vues des milles et une réglementations aériennes et douanières, tant mexicaines qu’américaines, l’idée d’amener un objet pointu susceptible d’être qualifié d’arme et son produit hormonal de compagnie, l’androtardyl, considéré comme dopant, a rapidement semblé mauvaise. Et trouver un·e·x docteur·oresse et traduire l’ordonnance paraissait encore plus compliqué. Nous avons donc décidé de modifier notre itinéraire.

Étape 1 : prendre en compte les exigences médicales.

Mais les complications étaient loin d’être terminées. Deuxième étape, le pass covid. En effet, mon ami avait un passeport à son nom depuis environ deux mois, mais sa fiche de sécurité sociale n’avait pas encore été mise à jour. Il a eu de la peine à obtenir un pass vaccinal ne portant pas son dead name et nous permettant d’entrer aux États-Unis sans suspicion.

Étape 2 : vérifier que les aspects administratifs soient en ordre, car je n’ose même pas songer au passage d’une douane avec des documents d’identité non conformes. Ce fût un soulagement lorsque ses papiers ont été mis à jour pour partir : « Avant, je n’avais pas les papiers correspondants et c’était une crainte permanente. Devoir se justifier était horrible, donc je suis heureux de ne pas avoir eu à revivre ça », explique Archibald Gibut-Monzon.

Pendant le voyage

Durant notre périple, et surtout en arrivant au Mexique, nous avons craint qu’il subisse de la transphobie. En effet, malgré la présence de personnes trans au sein du gouvernement mexicain, les idées ne sont pas partout les mêmes. Voyager, c’est aussi s’exposer à des pays dans lesquels la situation des personnes LGBTQIA+ n’est pas la même qu’en Europe.

Étape 3 : se renseigner sur les idées politiques des pays que l’on décide de visiter. Par exemple, se rendre à Brunei quand on est une personne trans peut s’avérer une mauvaise idée, puisqu’il s’agit d’un pays dans lequel la communauté LGBTQIA+ est persécutée et parfois condamnée à mort – élément inscrit dans le code pénal. Il existe d’ailleurs une étude ayant émis un classement des pays les plus dangereux aux pays les plus sûrs, le Brunei étant d’ailleurs le pays le moins bien noté de la liste.

Au début, nous avons évalué la situation en évitant de se déplacer en ville la nuit ou en prévoyant des tenues plus “révélatrices”. Peu à peu, nous nous sommes rendu compte que les mexicain·e·x·s ne semblaient pas réellement prêter attention à nous, mais nous avons tout de même continué à être prudent·e·s et éviter de porter nos tenues vestimentaires les plus exubérantes.

Arrivé·e·s aux États-Unis, nous n’avons pas rencontré de véritables difficultés pour passer les douanes et l’atmosphère est devenue beaucoup plus agréable. Tout d’abord, notre hôtel proposait une offre spéciale pour les membres de la communauté LGBTQIA+, en l’honneur du mois des fiertés. Malheureusement, il fallait l’indiquer en réservant et, comme nous n’étions pas au courant, nous n’avons pas pu en bénéficier. Cela dit, le fait de savoir qu’une telle proposition était faite par notre hôtel nous a permis de nous sentir immédiatement plus en sécurité. En réalité, le mois des fiertés était omniprésent et, de même, lorsque nous nous sommes rendu·e·x·s à New York, nous avons vraiment eu l’impression d’être dans un autre monde, avec les habitant·e·x·s et touristes qui exhibent mille et une identités colorées.

New York est d’ailleurs l’un des espaces les plus safe à ce niveau-là et ça a été un véritable coup de cœur. Nous avons décidé qu’il faudrait même y retourner pour se rendre à des événements organisés par la communauté LGBTQIA+.

Dernier conseil : se renseigner, avant de partir, sur les offres éventuelles faites aux personnes arc-en-ciel.

Après le voyage

À la suite de ce voyage, mon ami a accepté de me livrer son ressenti sur notre périple. Le voyage s’étant bien déroulé, il a tout de même évoqué quelques épisodes marquants : « Quand je portais des vêtements qui cachaient le fait que je n’ai pas de pénis par exemple, je me suis senti bien, car personne ne pouvait se douter de ma transidentité ». Il évoque cependant des moments de crainte : « Au contraire, quand je portais des vêtements plus codés féminins, je me mettais un peu en danger, mais j’ai trouvé que c’était bien autant au Mexique qu’aux États-Unis ». L’habillement a pu être un sujet d’inquiétude, puisqu’il est malheureusement actuellement toujours genré dans de nombreux pays.

L’accès aux lieux publics a aussi été difficile : « Les lieux où j’étais le plus inquiet, c’étaient les WC ». Il développe : « Au Mexique, c’était compliqué et j’ai parfois refusé d’aller dans les WC publics genrés, parce qu’il suffit qu’il n’y ait que des pissoirs pour se sentir menacé et mal regardé ».

La nudité a également été une source d’anxiété. Il explique : « À la plage, au Mexique, je me suis inquiété du fait d’être reconnu. Avoir mes cicatrices, qui sont spécifiques aux personnes trans, provoquent une inquiétude ». Heureusement, il ne lui est rien arrivé, mais le stress a tout de même été présent, notamment à Las Vegas, dans un hôtel où la piscine était petite et les gens à proximité.

Finalement, le voyage n’était donc pas très différent pour une personne trans, mais il est important d’avoir conscience de ces petits éléments pour ne pas se laisser surprendre. Voyager, c’est aller à la rencontre des autres et il est important de savoir comment l’on va être accueilli·e·x. Peut-être vaut-il mieux d’éviter de partir à la dernière minute sans se renseigner sur sa destination. Éventuellement, si vous êtes inquiet·e·x·s, vous pouvez contacter les associations LGBTQIA+ sur place et vous renseigner sur les directives des aéroports que vous allez traverser.

Velia Ferracini

Crédits image principale : Archibald Gibut Monzon

Crédits : Pexels, Ketut Subiyanto

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