À nous de jouer !

[Portraits associatifs N°3] JAIA

Publié par
EPIC-Magazine

Par Clément Bourdin, publié le 23 janvier 2021
Voir l’article source sur EPIC

En partenariat avec la plateforme À nous de jouer ! dédiée à l’engagement des jeunes, EPIC te propose sa série Portraits associatifs. Jusqu’à l’été prochain, découvre chaque mois et demi une association, les personnes qui s’y engagent pour faire vivre la culture locale et les valeurs qu’elles défendent. Et quoi de mieux que de commencer 2021 avec quelques pas de danse ? Ce mois-ci, l’association JAIA, qui vise à la promotion de la culture hip-hop, est à l’honneur !

JAIA est une association culturelle genevoise fondée en 2007 par quatre acteurs et actrices de la communauté hip-hop. Après 14 ans d’activité, bien que trois « générations » de membres se soient succédé, l’esprit initial est toujours bien présent… Tatiana, Nora, Marilyn et Laetitia, les quatre membres actuelles de JAIA, nous livrent un nouvel aperçu du fonctionnement de leur association.

Description générale

Depuis combien de temps faites-vous partie de JAIA et comment avez-vous rejoint l’association ?

Tatiana : J’ai rejoint JAIA peu après sa création en 2007 par Chahira Aggoun, Yassine Barket, Loic Dinga et Phileas Galouo. Ce que j’ai tout de suite apprécié, c’était l’intérêt de développer une communauté. C’est un aspect très présent et important pour moi. C’est quelque chose qui fait partie de l’ADN de la culture hip-hop.

Nora : Je fais partie de la nouvelle génération, arrivée en 2015, qui a en quelque sorte donné une « deuxième vie » à l’association. J’ai d’abord suivi des cours de danse et me suis de plus en plus investie, j’ai commencé à mon tour à donner des cours et j’ai ensuite rejoint JAIA.

Marilyn : Nous avons toutes rejoint JAIA après avoir suivi des cours de danse ou des camps donnés par Tatiana, Phileas ou Loïc. Ces cours de danse étaient organisés à la base par le Centre Hip-Hop de Genève, école qui s’est scindée en deux en 2017 avec d’un côté le Centre IMPRO et de l’autre Flow Focus.

Pour ma part, je cherchais un cours hip-hop qui me plaisait. Après seulement quelques cours, un lien presque familial s’est créé. On m’a rapidement proposé d’aider et d’être là aux événements. Comme cela se passait bien, j’ai pu ensuite donner des cours aux plus jeunes. J’ai rejoint l’association officiellement en 2018.

Laetitia : J’ai suivi également des cours avant de rentrer dans JAIA. Je venais assister aux événements organisés par l’association et un jour, l’équipe m’a proposé de faire un visuel pour un battle que JAIA organisait. J’ai commencé par faire un flyer et donner quelques coups de main avant de rentrer officiellement dans l’association en 2020.

Battle JAIA
© Cedric Sintes (Sensor Agency)

Quels sont les buts et les valeurs de votre association ?

Tatiana : Dès ses débuts, l’association avait pour but principal de mettre en avant la culture hip-hop à travers la danse mais aussi par des compétitions de danse (battles), l’organisation de soirées, de stages ou encore de conférences. Un autre but était aussi de former la nouvelle génération à poursuivre cette mission, pour que le projet JAIA puisse continuer. Enfin, l’association vise à améliorer la compréhension de la culture hip-hop par le grand public.

Nora : Nos valeurs rejoignent celles qui se trouvent à l’origine même de la culture hip-hop : le partage, le non-jugement, l’égalité, la mixité, l’équité, l’esprit de communauté et le soutien à la communauté noire.

Marilyn : L’idée est de donner envie de s’intéresser à la culture hip-hop : on ne cherche pas seulement à la transmettre, mais on veut aussi donner envie au public de s’intéresser à ses origines. On veut contrer les stéréotypes qui y sont attachés.

Combien de personnes sont membres de l’association ?

Nora : Nous sommes actuellement quatre membres : Tatiana, Marilyn, Laetitia et moi-même.

Fonctionnement

Comment fonctionnez-vous ?

Nora : On est toutes bénévoles au sein de JAIA. On a des rôles prévus par nos statuts (présidente, secrétaire et trésorière) obligatoires pour monter une association. Mais en pratique, nos rôles- varient. À chaque organisation d’événement, on se met ensemble et on vote sur tous les points à l’ordre du jour. Que cela soit pour les décisions générales ou pour certains points organisationnels spécifiques comme le choix du dj, de la salle, du visuel, etc., chacune a son mot à dire.

Marilyn : Pour les tâches administratives, on fait en sorte que chacune puisse faire ce dont elle a envie, on ne force pas les membres à endosser certaines tâches, on n’impose pas des responsabilités.

Nora : Pour le fonctionnement général, on n’a pas de marche à suivre, à l’exception de certains points. On apprend la plupart du temps sur le terrain. D’ailleurs, si l’on compare le fonctionnement actuel avec le fonctionnement passé, on se rend compte que ce n’est plus du tout la même chose, notamment au niveau administratif ! Aujourd’hui, c’est plus compliqué pour organiser des événements. J’ai l’impression que les ancien·ne·s membres arrivaient au même résultat en en faisant moins, car il y avait moins de réglementation.

Marilyn : Subventions, sécurité, assurance, etc. : la charge administrative a encore augmenté ces dernières années. Il faut toujours plus de garanties, de preuves, etc. Alors on essaie de garder des traces de toutes ces démarches pour avoir de l’expérience en plus.

Pensez-vous que cette charge administrative peut être décourageante pour des jeunes qui veulent monter une association ?

Marilyn : Oui et non. Parfois si on ne se rend pas compte de ce que cela représente, alors on ne se pose pas de questions et on y va. Je pense que quand on se lance dans un projet, on a plus de motivation pour atteindre son but. Cette charge administrative devient plutôt un frein plus tard, lorsque le projet s’allonge ou se renouvelle.

Nora : Tout à fait, cela peut être un frein malgré la motivation, non pas à l’année 0 mais à partir de l’année 1 ou 2. C’est surtout le cas quand on organise de grands événements. La dose de motivation est au maximum au début, mais il faut ensuite avoir envie de pousser plus loin et de prendre sur son temps libre.

Quel est le budget annuel de l’association ?

Nora : Si l’on prend notre événement phare, le « Battle JAIA », on prévoit un budget qui se situe, selon les années, entre 12’000 et 18’000 CHF. Pour les autres événements, on s’arrange pour avoir des frais moins élevés.

Êtes-vous à la recherche de membres ?

Nora : Cela se fait plus au feeling. La porte est toujours ouverte. Quand on voit que quelqu’un de notre environnement (cours de danse, événements, etc.) veut s’investir et partage les mêmes valeurs que nous, alors on discute d’une éventuelle adhésion. En général, cela se fait assez naturellement et simplement.

Engagement

Pourquoi vous êtes-vous organisés sous la forme d’une association ? Quels étaient les défis ?

Tatiana : La forme associative nous facilitait la tâche, notamment pour l’accès à des subventions ou pour faire des partenariats. En comparaison avec une entreprise, la responsabilité financière est moins importante avec une association. Enfin, c’est la forme la plus en phase avec l’esprit de communauté qui fait partie de nos valeurs essentielles.

Je pense que le principal défi était d’obtenir nos premières subventions. À l’époque, on avait peu de crédit, très peu de monde nous connaissait. Or, il fallait paraître suffisamment crédible pour recevoir les fonds et organiser des événements. C’était ça le plus difficile selon moi.

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un·e jeune qui hésite à s’engager dans une association culturelle ?

Laetitia : Je lui dirais qu’entrer dans une association est un excellent moyen de mettre en œuvre ses propres idées, de concrétiser les choses et de s’investir pleinement dans des projets sur le long terme.

Tatiana : S’engager dans une association, c’est une opportunité de créer le monde dans lequel on veut vivre. Personnellement, j’ai commencé à m’engager à JAIA par passion pour la culture hip-hop, mais aussi car je voulais transmettre des valeurs, ce qui a été possible grâce à JAIA.

Marilyn : Je donnerais comme conseil aux jeunes que l’association permet d’être acteur·trice. Pour moi qui enseigne au collège, j’entends souvent des jeunes se plaindre de la situation actuelle. Je pense qu’entrer dans une association est un moyen d’apporter notre touche, de s’impliquer pour avoir un reflet de ce qu’on aime et de ce qu’on veut transmettre dans la société. On a tous quelque chose à dire et à apporter, peu importe le domaine qui nous intéresse.

Nora : Je dirais pour ma part que l’association permet d’apprendre beaucoup de choses que l’on n’a pas l’opportunité d’apprendre à la maison ou à l’école. Une association, c’est un espace où, en tant que jeune, on peut s’épanouir, où on apprend à se connaître soi-même et où on acquiert des compétences qui pourront être utiles pour la suite de notre vie.

Tatiana : Ce qui est important pour les jeunes, c’est de voir qu’il y a des gens autant motivés qu’eux. En voyant d’autres jeunes s’engager, cela peut les pousser à agir à leur échelle.

Le domaine de la danse Hip-Hop

Quelles sont les principales différences et points communs entre la culture hip-hop américaine et celle que nous avons en Europe ?

Nora : La culture hip-hop qui a voyagé jusqu’ici en Europe est importée de la ville de New York. Or, il existe d’autres types de cultures et de danses qui proviennent d’autres villes des États-Unis. Une des missions que nous nous sommes données avec JAIA, c’est de pousser la nouvelle génération à comprendre comment la culture s’est créée et comment elle se vit là-bas.

Pour donner un exemple concret de différence, aux Etats-Unis, la danse et la culture hip-hop naissent dans un contexte délicat, la jeunesse noire et hispanique faisant l’objet d’insécurité et de tensions, notamment raciales. Le mouvement s’impose alors comme un moyen d’expression pour ces minorités, et les conditions de pratique de la danse y sont également plus restreintes. En Europe, on ne retrouve pas ce même passif et le public s’intéresse à la danse hip-hop en tant que « hobby » initialement dans un cadre plus privilégié. Ce sont deux modes de vie différents qu’on doit connaître pour comprendre la culture.

Un exemple de point commun est que c’est une culture jeune ; les personnes qui l’ont créée sont encore vivantes ! On a donc la chance de pouvoir encore leur parler et de les questionner sur les débuts.

Marilyn : Nous avons un lien particulier avec New York, car nous y sommes toutes allées pour connaître et expérimenter la danse dans cette ville. Nous avons voulu remonter à la source pour comprendre au mieux la culture hip-hop. Donc pour nous, faire venir des personnes de New York lors de nos événements est quelque chose que nous espérons pouvoir faire à l’avenir.

Quelles sont les priorités de l’association dans un futur proche ? Et dans un futur plus lointain ?

Nora : Pour le moment, notre priorité est de maintenir nos projets habituels, car l’assoc ne vit que grâce à ses événements. Cela signifie que sur le court terme, on va essayer de proposer entre deux et trois événements en 2021, dont le battle qui demande beaucoup d’organisation.

En 2021, on va essayer de faire le « battle JAIA n°8 » tel qu’il était prévu pour 2020. Les dernières années, on avait toujours quatre catégories de danse : hip-hop, bboying / breakdance, popping et house dance avec de temps en temps le krump en plus. Mais pour cette 8ème édition, on avait prévu d’inviter l’artiste Chrybaby Cozie pour présenter un autre type de danse : le Litefeet, danse distincte née dans les années 2000 mais représentant une évolution de la danse Hip-Hop.

Sur le long terme, notre but est de nous renouveler, en explorant d’autres aspects de la culture hip-hop. On aimerait ouvrir la discussion grâce à des workshops.

Marilyn : Comme tout le monde, on a eu une année 2020 particulière. Même si l’on n’a pas toujours la possibilité d’organiser de gros événements, notre priorité est aussi de soutenir les autres associations dans notre domaine, en les aidant par exemple, dans le cadre d’un événement, à gérer les entrées, les stands, en faisant la communication, etc. Les prochaines années, on veut donc également garder le contact avec les autres associations du milieu.

Tatiana : Et JAIA co-organise la formation « Passion Fruit Seeds : la culture Hip-Hop, ses fondations et son déracinement » avec le collectif Faites des Vagues, From the Groove, On Est Ensemble Suisse, Persona Compendium, FlowFocus, Danse Suisse et ma compagnie, « Passion Fruit ». En utilisant le prisme de la culture et de l’histoire du Hip-Hop, le but est de sensibiliser, éduquer et cultiver un dialogue autour du racisme et du racisme systémique aux États-Unis et en Suisse. On discutera également des liens entre la culture afro-américaine, la danse et la question raciale. L’événement aura lieu sur Zoom du 13 au 21 février 2021 et est ouvert à toutes et tous !

Découvre la page de JAIA sur anousdejouer.ch, sur Instagram et sur Facebook.

Par Clément Bourdin, publié le 23 janvier 2021
Voir l’article source sur EPIC

En partenariat avec la plateforme À nous de jouer ! dédiée à l’engagement des jeunes, EPIC te propose sa série Portraits associatifs. Jusqu’à l’été prochain, découvre chaque mois et demi une association, les personnes qui s’y engagent pour faire vivre la culture locale et les valeurs qu’elles défendent. Et quoi de mieux que de commencer 2021 avec quelques pas de danse ? Ce mois-ci, l’association JAIA, qui vise à la promotion de la culture hip-hop, est à l’honneur !

JAIA est une association culturelle genevoise fondée en 2007 par quatre acteurs et actrices de la communauté hip-hop. Après 14 ans d’activité, bien que trois « générations » de membres se soient succédé, l’esprit initial est toujours bien présent… Tatiana, Nora, Marilyn et Laetitia, les quatre membres actuelles de JAIA, nous livrent un nouvel aperçu du fonctionnement de leur association.

Description générale

Depuis combien de temps faites-vous partie de JAIA et comment avez-vous rejoint l’association ?

Tatiana : J’ai rejoint JAIA peu après sa création en 2007 par Chahira Aggoun, Yassine Barket, Loic Dinga et Phileas Galouo. Ce que j’ai tout de suite apprécié, c’était l’intérêt de développer une communauté. C’est un aspect très présent et important pour moi. C’est quelque chose qui fait partie de l’ADN de la culture hip-hop.

Nora : Je fais partie de la nouvelle génération, arrivée en 2015, qui a en quelque sorte donné une « deuxième vie » à l’association. J’ai d’abord suivi des cours de danse et me suis de plus en plus investie, j’ai commencé à mon tour à donner des cours et j’ai ensuite rejoint JAIA.

Marilyn : Nous avons toutes rejoint JAIA après avoir suivi des cours de danse ou des camps donnés par Tatiana, Phileas ou Loïc. Ces cours de danse étaient organisés à la base par le Centre Hip-Hop de Genève, école qui s’est scindée en deux en 2017 avec d’un côté le Centre IMPRO et de l’autre Flow Focus.

Pour ma part, je cherchais un cours hip-hop qui me plaisait. Après seulement quelques cours, un lien presque familial s’est créé. On m’a rapidement proposé d’aider et d’être là aux événements. Comme cela se passait bien, j’ai pu ensuite donner des cours aux plus jeunes. J’ai rejoint l’association officiellement en 2018.

Laetitia : J’ai suivi également des cours avant de rentrer dans JAIA. Je venais assister aux événements organisés par l’association et un jour, l’équipe m’a proposé de faire un visuel pour un battle que JAIA organisait. J’ai commencé par faire un flyer et donner quelques coups de main avant de rentrer officiellement dans l’association en 2020.

Battle JAIA
© Cedric Sintes (Sensor Agency)

Quels sont les buts et les valeurs de votre association ?

Tatiana : Dès ses débuts, l’association avait pour but principal de mettre en avant la culture hip-hop à travers la danse mais aussi par des compétitions de danse (battles), l’organisation de soirées, de stages ou encore de conférences. Un autre but était aussi de former la nouvelle génération à poursuivre cette mission, pour que le projet JAIA puisse continuer. Enfin, l’association vise à améliorer la compréhension de la culture hip-hop par le grand public.

Nora : Nos valeurs rejoignent celles qui se trouvent à l’origine même de la culture hip-hop : le partage, le non-jugement, l’égalité, la mixité, l’équité, l’esprit de communauté et le soutien à la communauté noire.

Marilyn : L’idée est de donner envie de s’intéresser à la culture hip-hop : on ne cherche pas seulement à la transmettre, mais on veut aussi donner envie au public de s’intéresser à ses origines. On veut contrer les stéréotypes qui y sont attachés.

Combien de personnes sont membres de l’association ?

Nora : Nous sommes actuellement quatre membres : Tatiana, Marilyn, Laetitia et moi-même.

Fonctionnement

Comment fonctionnez-vous ?

Nora : On est toutes bénévoles au sein de JAIA. On a des rôles prévus par nos statuts (présidente, secrétaire et trésorière) obligatoires pour monter une association. Mais en pratique, nos rôles- varient. À chaque organisation d’événement, on se met ensemble et on vote sur tous les points à l’ordre du jour. Que cela soit pour les décisions générales ou pour certains points organisationnels spécifiques comme le choix du dj, de la salle, du visuel, etc., chacune a son mot à dire.

Marilyn : Pour les tâches administratives, on fait en sorte que chacune puisse faire ce dont elle a envie, on ne force pas les membres à endosser certaines tâches, on n’impose pas des responsabilités.

Nora : Pour le fonctionnement général, on n’a pas de marche à suivre, à l’exception de certains points. On apprend la plupart du temps sur le terrain. D’ailleurs, si l’on compare le fonctionnement actuel avec le fonctionnement passé, on se rend compte que ce n’est plus du tout la même chose, notamment au niveau administratif ! Aujourd’hui, c’est plus compliqué pour organiser des événements. J’ai l’impression que les ancien·ne·s membres arrivaient au même résultat en en faisant moins, car il y avait moins de réglementation.

Marilyn : Subventions, sécurité, assurance, etc. : la charge administrative a encore augmenté ces dernières années. Il faut toujours plus de garanties, de preuves, etc. Alors on essaie de garder des traces de toutes ces démarches pour avoir de l’expérience en plus.

Pensez-vous que cette charge administrative peut être décourageante pour des jeunes qui veulent monter une association ?

Marilyn : Oui et non. Parfois si on ne se rend pas compte de ce que cela représente, alors on ne se pose pas de questions et on y va. Je pense que quand on se lance dans un projet, on a plus de motivation pour atteindre son but. Cette charge administrative devient plutôt un frein plus tard, lorsque le projet s’allonge ou se renouvelle.

Nora : Tout à fait, cela peut être un frein malgré la motivation, non pas à l’année 0 mais à partir de l’année 1 ou 2. C’est surtout le cas quand on organise de grands événements. La dose de motivation est au maximum au début, mais il faut ensuite avoir envie de pousser plus loin et de prendre sur son temps libre.

Quel est le budget annuel de l’association ?

Nora : Si l’on prend notre événement phare, le « Battle JAIA », on prévoit un budget qui se situe, selon les années, entre 12’000 et 18’000 CHF. Pour les autres événements, on s’arrange pour avoir des frais moins élevés.

Êtes-vous à la recherche de membres ?

Nora : Cela se fait plus au feeling. La porte est toujours ouverte. Quand on voit que quelqu’un de notre environnement (cours de danse, événements, etc.) veut s’investir et partage les mêmes valeurs que nous, alors on discute d’une éventuelle adhésion. En général, cela se fait assez naturellement et simplement.

Engagement

Pourquoi vous êtes-vous organisés sous la forme d’une association ? Quels étaient les défis ?

Tatiana : La forme associative nous facilitait la tâche, notamment pour l’accès à des subventions ou pour faire des partenariats. En comparaison avec une entreprise, la responsabilité financière est moins importante avec une association. Enfin, c’est la forme la plus en phase avec l’esprit de communauté qui fait partie de nos valeurs essentielles.

Je pense que le principal défi était d’obtenir nos premières subventions. À l’époque, on avait peu de crédit, très peu de monde nous connaissait. Or, il fallait paraître suffisamment crédible pour recevoir les fonds et organiser des événements. C’était ça le plus difficile selon moi.

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un·e jeune qui hésite à s’engager dans une association culturelle ?

Laetitia : Je lui dirais qu’entrer dans une association est un excellent moyen de mettre en œuvre ses propres idées, de concrétiser les choses et de s’investir pleinement dans des projets sur le long terme.

Tatiana : S’engager dans une association, c’est une opportunité de créer le monde dans lequel on veut vivre. Personnellement, j’ai commencé à m’engager à JAIA par passion pour la culture hip-hop, mais aussi car je voulais transmettre des valeurs, ce qui a été possible grâce à JAIA.

Marilyn : Je donnerais comme conseil aux jeunes que l’association permet d’être acteur·trice. Pour moi qui enseigne au collège, j’entends souvent des jeunes se plaindre de la situation actuelle. Je pense qu’entrer dans une association est un moyen d’apporter notre touche, de s’impliquer pour avoir un reflet de ce qu’on aime et de ce qu’on veut transmettre dans la société. On a tous quelque chose à dire et à apporter, peu importe le domaine qui nous intéresse.

Nora : Je dirais pour ma part que l’association permet d’apprendre beaucoup de choses que l’on n’a pas l’opportunité d’apprendre à la maison ou à l’école. Une association, c’est un espace où, en tant que jeune, on peut s’épanouir, où on apprend à se connaître soi-même et où on acquiert des compétences qui pourront être utiles pour la suite de notre vie.

Tatiana : Ce qui est important pour les jeunes, c’est de voir qu’il y a des gens autant motivés qu’eux. En voyant d’autres jeunes s’engager, cela peut les pousser à agir à leur échelle.

Le domaine de la danse Hip-Hop

Quelles sont les principales différences et points communs entre la culture hip-hop américaine et celle que nous avons en Europe ?

Nora : La culture hip-hop qui a voyagé jusqu’ici en Europe est importée de la ville de New York. Or, il existe d’autres types de cultures et de danses qui proviennent d’autres villes des États-Unis. Une des missions que nous nous sommes données avec JAIA, c’est de pousser la nouvelle génération à comprendre comment la culture s’est créée et comment elle se vit là-bas.

Pour donner un exemple concret de différence, aux Etats-Unis, la danse et la culture hip-hop naissent dans un contexte délicat, la jeunesse noire et hispanique faisant l’objet d’insécurité et de tensions, notamment raciales. Le mouvement s’impose alors comme un moyen d’expression pour ces minorités, et les conditions de pratique de la danse y sont également plus restreintes. En Europe, on ne retrouve pas ce même passif et le public s’intéresse à la danse hip-hop en tant que « hobby » initialement dans un cadre plus privilégié. Ce sont deux modes de vie différents qu’on doit connaître pour comprendre la culture.

Un exemple de point commun est que c’est une culture jeune ; les personnes qui l’ont créée sont encore vivantes ! On a donc la chance de pouvoir encore leur parler et de les questionner sur les débuts.

Marilyn : Nous avons un lien particulier avec New York, car nous y sommes toutes allées pour connaître et expérimenter la danse dans cette ville. Nous avons voulu remonter à la source pour comprendre au mieux la culture hip-hop. Donc pour nous, faire venir des personnes de New York lors de nos événements est quelque chose que nous espérons pouvoir faire à l’avenir.

Quelles sont les priorités de l’association dans un futur proche ? Et dans un futur plus lointain ?

Nora : Pour le moment, notre priorité est de maintenir nos projets habituels, car l’assoc ne vit que grâce à ses événements. Cela signifie que sur le court terme, on va essayer de proposer entre deux et trois événements en 2021, dont le battle qui demande beaucoup d’organisation.

En 2021, on va essayer de faire le « battle JAIA n°8 » tel qu’il était prévu pour 2020. Les dernières années, on avait toujours quatre catégories de danse : hip-hop, bboying / breakdance, popping et house dance avec de temps en temps le krump en plus. Mais pour cette 8ème édition, on avait prévu d’inviter l’artiste Chrybaby Cozie pour présenter un autre type de danse : le Litefeet, danse distincte née dans les années 2000 mais représentant une évolution de la danse Hip-Hop.

Sur le long terme, notre but est de nous renouveler, en explorant d’autres aspects de la culture hip-hop. On aimerait ouvrir la discussion grâce à des workshops.

Marilyn : Comme tout le monde, on a eu une année 2020 particulière. Même si l’on n’a pas toujours la possibilité d’organiser de gros événements, notre priorité est aussi de soutenir les autres associations dans notre domaine, en les aidant par exemple, dans le cadre d’un événement, à gérer les entrées, les stands, en faisant la communication, etc. Les prochaines années, on veut donc également garder le contact avec les autres associations du milieu.

Tatiana : Et JAIA co-organise la formation « Passion Fruit Seeds : la culture Hip-Hop, ses fondations et son déracinement » avec le collectif Faites des Vagues, From the Groove, On Est Ensemble Suisse, Persona Compendium, FlowFocus, Danse Suisse et ma compagnie, « Passion Fruit ». En utilisant le prisme de la culture et de l’histoire du Hip-Hop, le but est de sensibiliser, éduquer et cultiver un dialogue autour du racisme et du racisme systémique aux États-Unis et en Suisse. On discutera également des liens entre la culture afro-américaine, la danse et la question raciale. L’événement aura lieu sur Zoom du 13 au 21 février 2021 et est ouvert à toutes et tous !

Découvre la page de JAIA sur anousdejouer.ch, sur Instagram et sur Facebook.

LIRE AUSSI


EPIC-Magazine

A découvrir

Le Relais de Chuit

Senders Production

L'Art du Cosmétique au Naturel

Anadbeauty