À nous de jouer !

Être transgenre aujourd’hui

Publié par
DécadréE

Par Alizé Tromme, publié le 25.03.2020
Voir l’article source sur DécadréE

A l’occasion d’une table ronde sur les questions de la transidentité, la Bibliothèque de Vevey a invité plusieurs personnes concernées pour discuter de leur vécu à notre époque, mais aussi de transphobie, de la notion de genre et de la place des alliéEs dans les luttes pour les droits des personnes trans. Décadrée était présente pour écouter et participer à ces discussions.

De janvier à juin 2020, la Bibliothèque de Vevey propose un « programme culotté ». C’est dans ce cadre qu’a été organisé le 25 février dernier une table ronde autour des transidentités : « Être transgenre aujourd’hui », avec des personnalités de différents milieux et touchées directement par cette thématique.

Sous la modération de Loïc Chevalley, acteurice et militantx queer, la discussion a eu lieu entre Diane Dormet, metteurSE en scène et performeurSE agenre ; Hazbi, artiste queer et non-binaire ; Caroline Dayer, chercheuse et consultante en études genres et Lexie, activiste trans française et créatrice du compte Instagram Agressively_Trans. Près de 200 personnes se sont serrées dans l’espace de la Bibliothèque pour venir les écouter. Un beau succès qui témoigne de l’actualité de ces sujets et de l’intérêt qui leur est porté.

Le système de Genre

Selon l’association Transgender Network Switzerland, « Une personne trans* est une personne qui ne se reconnaît pas dans le sexe qui lui a été assigné à la naissance. […] Elles s’identifient à l’autre genre, entre les deux ou à la fois dans l’un et dans l’autre. » Dans leur brochure d’informations, elle précise encore : « Les hommes trans ont reçu le sexe féminin à la naissance. Les femmes trans, le sexe masculin. Les personnes non-binaires ont aussi été déclarées soit fille, soit garçon à la naissance. » A noter que le terme « transsexuelLE », connoté négativement et renvoyant de manière erronée à la sexualité, n’est plus utilisé ou uniquement par les personnes concernées qui le souhaitent.

Avant le début de la soirée, un papier est distribué aux personnes du public pour expliquer quelques notions abordées dans la table ronde, notamment via le schéma du Genderbread. Ce dernier explique les différences et distinctions entre identité de genre (genre auquel une personne appartient), expression de genre (comportement, manières, apparences d’une personne qui sont associés à un genre dans un contexte culturel particulier), sexe (parties génitales, chromosomes, hormones…) et attraction sexuelle ou romantique.

©Genderbread.org

Sur ces bases, la table ronde s’ouvre naturellement sur un questionnement : qu’est-ce que le genre ? Des différentes définitions, il en ressort un constat partagé : le genre est un système construit et hiérarchisé, qui peut varier d’une société à l’autre et dans le temps, et qui privilégie certaines catégories de personnes par rapport à d’autres. Naître cisgenre (une personne qui se reconnaît dans le genre assigné à la naissance, par opposition à transgenre) ou homme (par opposition à femme) place ainsi les personnes dans des catégories privilégiées par notre société actuelle.

Seulement, la catégorisation Homme/Femme sur lequel se base ce système n’est pas aussi claire et irréfutable qu’il y paraît. Comme le rappelle Caroline Dayer, le genre, « ce n’est pas uniquement ce qu’on a entre les jambes », mais aussi les chromosomes, le taux d’hormones… Des facteurs loin d’être binaires, comme le prouve les personnes intersexes qui naissent avec différents caractéristiques généralement attribuées uniquement au masculin ou au féminin. En créant deux cases auxquelles se conformer à tout prix, ce système de genre est particulièrement violent envers les personnes qui ne s’y conforment pas. Ces différenciations sont même à abolir complètement à long terme selon Diane ou Hazbi.

Toutefois, à l’heure actuelle, il n’est pas encore possible de se passer totalement et dans l’absolu de ces cases, comme le rappelle notamment Lexie. Parler simplement d’êtres humains serait ignorer les violences subies par certains individus, et les privilèges dont jouissent d’autres. En effet, la société discrimine encore certaines catégories par rapport à ce qui est considéré comme la norme en vigueur (en matières de genres, sexualités, expressions de genre…), et est loin de laisser les gens vivre leur genre librement. Parler des personnes trans est donc toujours primordial, d’autant plus que les discriminations à leur égard existent encore et sont très souvent banalisées.

Être une personne trans aujourd’hui

Quel est le quotidien d’une personne trans aujourd’hui ? Si les réponses diffèrent sur plusieurs aspects, la transphobie est cependant présente partout.

Les agressions sont quotidiennes, et Hazbi parle d’une véritable « peur de la rue », ne se rendant qu’à des endroits sûrs par peur de subir des violences. Diane pour sa part explique que, en tant que personne non-binaire mais avec un passing femme (passer pour une personne cis, une femme en l’occurrence), la discrimination est plus insidieuse. Cela passe par le refus d’utiliser les bons pronoms, une injonction au silence sur sa non-binarité ou une injonction constante à ce qu’iel agisse comme femme. Lexie témoigne des agressions physiques qu’elle subit régulièrement, mais aussi des milles et une choses qui rende la vie des personnes plus compliquée. Devoir se justifier constamment, les injonctions à l’hyperféminité, le refus de la servir dans un magasin, la fétichisation des personnes trans… Elle regrette également que les gens ne perçoivent les individus trans que sous cet aspect, et non comme une donnée parmi d’autres, comme par exemple le fait d’être étudiant, d’avoir un boulot, d’être musulmanE…

L’actualité démontre malheureusement que ces discriminations ont toujours lieu, et que les personnes trans subissent des violences trop souvent ignorées. Ainsi Jessyca Sarmiento, une femme trans péruvienne et travailleuse du sexe a été assassinée au Bois de Boulogne à Paris comme l’a signalé Têtu. Sur sa page Facebook, l’organisation de défense des droits des personnes trans Acceptess Transgenre déplore le traitement médiatique de ce meurtre, certains journaux ayant mégenrer (utilisé les mauvais noms/pronoms et/ou le mauvais genre) la victime ou utilisé des termes stigmatisants à son égard. Et l’association de constater : « En France, en 2020, il est encore permis de penser qu’agresser des personnes trans, agresser des travailleur·euses du sexe sont des actes qui peuvent laisser à leurs auteurs un certain sentiment d’impunité, voire même de fierté, car ils laissent à leurs spectateurs·trices un sentiment d’indifférence, voire d’approbation. Nous, ils nous plongent dans l’horreur, dans la tristesse, et dans le constat amer sans cesse renouvelé que nos vies valent tellement moins que celles des autres. » Cet événement survient 2 ans après un autre meurtre d’une travailleuse du sexe trans et péruvienne au même endroit. Des meurtres qui sont loin d’être isolés.

Convergences des luttes et alliéEs

Face à ces discriminations et ces violences, la table ronde se termine sur la place des alliéEs dans les luttes trans. Que peuvent faire les personnes cisgenres pour aider ?

L’un des aspects les plus importants qui ressort, c’est de ne pas parler à la place des personnes concernées. Mais aussi, de s’éduquer en faisant soi-même des recherches pour ne pas en permanence solliciter des personnes trans. Faire preuve d’empathie, de compassion, réfléchir à ses propres privilèges et accepter la complexité des individus font aussi partie des recommandations. De même que la formation auprès, auprès du grand public ou dans un cadre scolaire. Et notamment auprès des plus jeunes et dans des organisations comme Totem ou Le Refuge pour jeunes LGBTIQA+ à Genève. S’il faut éviter de poser des questions mal placées ou qu’on ne poserait pas à des personnes cis (sur les organes génitaux par exemple), d’utiliser les mauvais pronoms ou de mégenrer la personne, parler de ces questions et discuter des spécificités de chaque parcours avec les personnes trans restent indispensables.

Car chaque individu a un vécu et une situation différente. L’occasion est aussi de rappeler l’importance de la convergence des luttes, comme avec le féminisme, le racisme ou le validisme. La question des personnes trans doit être intégrée à ces réflexions, car, comme l’indique Caroline Dayer en parlant de co-substantialité : tout est imbriqué. Et Lexie de rappeler que « Les cis sont aussi concernéEs par la transidentité. »

Image de couverture : ©Kyle

Par Alizé Tromme, publié le 25.03.2020
Voir l’article source sur DécadréE

A l’occasion d’une table ronde sur les questions de la transidentité, la Bibliothèque de Vevey a invité plusieurs personnes concernées pour discuter de leur vécu à notre époque, mais aussi de transphobie, de la notion de genre et de la place des alliéEs dans les luttes pour les droits des personnes trans. Décadrée était présente pour écouter et participer à ces discussions.

De janvier à juin 2020, la Bibliothèque de Vevey propose un « programme culotté ». C’est dans ce cadre qu’a été organisé le 25 février dernier une table ronde autour des transidentités : « Être transgenre aujourd’hui », avec des personnalités de différents milieux et touchées directement par cette thématique.

Sous la modération de Loïc Chevalley, acteurice et militantx queer, la discussion a eu lieu entre Diane Dormet, metteurSE en scène et performeurSE agenre ; Hazbi, artiste queer et non-binaire ; Caroline Dayer, chercheuse et consultante en études genres et Lexie, activiste trans française et créatrice du compte Instagram Agressively_Trans. Près de 200 personnes se sont serrées dans l’espace de la Bibliothèque pour venir les écouter. Un beau succès qui témoigne de l’actualité de ces sujets et de l’intérêt qui leur est porté.

Le système de Genre

Selon l’association Transgender Network Switzerland, « Une personne trans* est une personne qui ne se reconnaît pas dans le sexe qui lui a été assigné à la naissance. […] Elles s’identifient à l’autre genre, entre les deux ou à la fois dans l’un et dans l’autre. » Dans leur brochure d’informations, elle précise encore : « Les hommes trans ont reçu le sexe féminin à la naissance. Les femmes trans, le sexe masculin. Les personnes non-binaires ont aussi été déclarées soit fille, soit garçon à la naissance. » A noter que le terme « transsexuelLE », connoté négativement et renvoyant de manière erronée à la sexualité, n’est plus utilisé ou uniquement par les personnes concernées qui le souhaitent.

Avant le début de la soirée, un papier est distribué aux personnes du public pour expliquer quelques notions abordées dans la table ronde, notamment via le schéma du Genderbread. Ce dernier explique les différences et distinctions entre identité de genre (genre auquel une personne appartient), expression de genre (comportement, manières, apparences d’une personne qui sont associés à un genre dans un contexte culturel particulier), sexe (parties génitales, chromosomes, hormones…) et attraction sexuelle ou romantique.

©Genderbread.org

Sur ces bases, la table ronde s’ouvre naturellement sur un questionnement : qu’est-ce que le genre ? Des différentes définitions, il en ressort un constat partagé : le genre est un système construit et hiérarchisé, qui peut varier d’une société à l’autre et dans le temps, et qui privilégie certaines catégories de personnes par rapport à d’autres. Naître cisgenre (une personne qui se reconnaît dans le genre assigné à la naissance, par opposition à transgenre) ou homme (par opposition à femme) place ainsi les personnes dans des catégories privilégiées par notre société actuelle.

Seulement, la catégorisation Homme/Femme sur lequel se base ce système n’est pas aussi claire et irréfutable qu’il y paraît. Comme le rappelle Caroline Dayer, le genre, « ce n’est pas uniquement ce qu’on a entre les jambes », mais aussi les chromosomes, le taux d’hormones… Des facteurs loin d’être binaires, comme le prouve les personnes intersexes qui naissent avec différents caractéristiques généralement attribuées uniquement au masculin ou au féminin. En créant deux cases auxquelles se conformer à tout prix, ce système de genre est particulièrement violent envers les personnes qui ne s’y conforment pas. Ces différenciations sont même à abolir complètement à long terme selon Diane ou Hazbi.

Toutefois, à l’heure actuelle, il n’est pas encore possible de se passer totalement et dans l’absolu de ces cases, comme le rappelle notamment Lexie. Parler simplement d’êtres humains serait ignorer les violences subies par certains individus, et les privilèges dont jouissent d’autres. En effet, la société discrimine encore certaines catégories par rapport à ce qui est considéré comme la norme en vigueur (en matières de genres, sexualités, expressions de genre…), et est loin de laisser les gens vivre leur genre librement. Parler des personnes trans est donc toujours primordial, d’autant plus que les discriminations à leur égard existent encore et sont très souvent banalisées.

Être une personne trans aujourd’hui

Quel est le quotidien d’une personne trans aujourd’hui ? Si les réponses diffèrent sur plusieurs aspects, la transphobie est cependant présente partout.

Les agressions sont quotidiennes, et Hazbi parle d’une véritable « peur de la rue », ne se rendant qu’à des endroits sûrs par peur de subir des violences. Diane pour sa part explique que, en tant que personne non-binaire mais avec un passing femme (passer pour une personne cis, une femme en l’occurrence), la discrimination est plus insidieuse. Cela passe par le refus d’utiliser les bons pronoms, une injonction au silence sur sa non-binarité ou une injonction constante à ce qu’iel agisse comme femme. Lexie témoigne des agressions physiques qu’elle subit régulièrement, mais aussi des milles et une choses qui rende la vie des personnes plus compliquée. Devoir se justifier constamment, les injonctions à l’hyperféminité, le refus de la servir dans un magasin, la fétichisation des personnes trans… Elle regrette également que les gens ne perçoivent les individus trans que sous cet aspect, et non comme une donnée parmi d’autres, comme par exemple le fait d’être étudiant, d’avoir un boulot, d’être musulmanE…

L’actualité démontre malheureusement que ces discriminations ont toujours lieu, et que les personnes trans subissent des violences trop souvent ignorées. Ainsi Jessyca Sarmiento, une femme trans péruvienne et travailleuse du sexe a été assassinée au Bois de Boulogne à Paris comme l’a signalé Têtu. Sur sa page Facebook, l’organisation de défense des droits des personnes trans Acceptess Transgenre déplore le traitement médiatique de ce meurtre, certains journaux ayant mégenrer (utilisé les mauvais noms/pronoms et/ou le mauvais genre) la victime ou utilisé des termes stigmatisants à son égard. Et l’association de constater : « En France, en 2020, il est encore permis de penser qu’agresser des personnes trans, agresser des travailleur·euses du sexe sont des actes qui peuvent laisser à leurs auteurs un certain sentiment d’impunité, voire même de fierté, car ils laissent à leurs spectateurs·trices un sentiment d’indifférence, voire d’approbation. Nous, ils nous plongent dans l’horreur, dans la tristesse, et dans le constat amer sans cesse renouvelé que nos vies valent tellement moins que celles des autres. » Cet événement survient 2 ans après un autre meurtre d’une travailleuse du sexe trans et péruvienne au même endroit. Des meurtres qui sont loin d’être isolés.

Convergences des luttes et alliéEs

Face à ces discriminations et ces violences, la table ronde se termine sur la place des alliéEs dans les luttes trans. Que peuvent faire les personnes cisgenres pour aider ?

L’un des aspects les plus importants qui ressort, c’est de ne pas parler à la place des personnes concernées. Mais aussi, de s’éduquer en faisant soi-même des recherches pour ne pas en permanence solliciter des personnes trans. Faire preuve d’empathie, de compassion, réfléchir à ses propres privilèges et accepter la complexité des individus font aussi partie des recommandations. De même que la formation auprès, auprès du grand public ou dans un cadre scolaire. Et notamment auprès des plus jeunes et dans des organisations comme Totem ou Le Refuge pour jeunes LGBTIQA+ à Genève. S’il faut éviter de poser des questions mal placées ou qu’on ne poserait pas à des personnes cis (sur les organes génitaux par exemple), d’utiliser les mauvais pronoms ou de mégenrer la personne, parler de ces questions et discuter des spécificités de chaque parcours avec les personnes trans restent indispensables.

Car chaque individu a un vécu et une situation différente. L’occasion est aussi de rappeler l’importance de la convergence des luttes, comme avec le féminisme, le racisme ou le validisme. La question des personnes trans doit être intégrée à ces réflexions, car, comme l’indique Caroline Dayer en parlant de co-substantialité : tout est imbriqué. Et Lexie de rappeler que « Les cis sont aussi concernéEs par la transidentité. »

Image de couverture : ©Kyle

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