À nous de jouer !

Clash ! L’association qui combat le sexisme en milieu hospitalier

Publié par
DécadréE

Par Marine Dandelot, publié le 18.09.2020
Voir l’article source sur DécadréE

Rencontre avec deux membres de l’association lausannoise Clash ! qui racontent pourquoi elles se sont engagées.

Maurane et Joëlle sont toutes les deux étudiantes en médecine à Lausanne, respectivement en sixième et troisième année. Sous des airs de prime abord réservés, les deux jeunes femmes s’animent rapidement lorsque la discussion s’enclenche. Le sujet leur tient à cœur : « J’ai toujours prêté attention au sexisme ordinaire » explique Maurane, pour qui s’engager relève de l’évidence. Elle a fait partie de nombreuses autres associations par le passé et le combat mené par Clash ! lui a tout de suite parlé, raison pour laquelle elle a décidé de les rejoindre. Joëlle, elle, vient tout juste d’y adhérer, en tant que secrétaire de l’Association.

« Je ne suis plus surprise, mais toujours choquée. »

Joëlle a entendu de nombreuses anecdotes dénonçant des comportements déplacés, notamment par le biais de sa sœur qui travaille dans le milieu hospitalier. Elle confie également avoir assisté à une scène qui l’a profondément choquée au début de ses études. Lors d’un examen oral, alors qu’elle attend son tour et prépare sa réponse, elle entend le professeur poser une question s’écartant totalement du sujet de l’examen puisqu’il ne s’agissait rien de moins que de s’intéresser aux tailles de pénis qui conviendraient le mieux à l’étudiante qui passait son oral. On peut sentir la tension et la colère dans les yeux de Joëlle : « Je n’ai pas l’habitude de garder ma langue dans ma poche, mais là, je me suis sentie impuissante. La réputation du professeur le précède et jamais aucune réprimande n’a été faite jusque-là » déplore-t-elle.

La plupart des anecdotes semblent anodines, mais il s’agit bien de sexisme ordinaire. Dans le cadre des stages, lorsque les professeurs présentent les cas des différents patients, Maurane explique que souvent, ils s’adressent aux hommes, alors qu’ils sont en minorité dans la pièce. Autre exemple, lorsqu’il s’agit d’échanges entre deux portes, Maurane constate qu’on lui réserve des questions personnelles alors que les questions qui sont adressées à son homologue masculin se cantonnent à la sphère professionnelle.

Pour une prise de conscience

Clash ! Collectif de lutte contre les attitudes sexistes en milieu hospitalier est né à Lausanne, au printemps 2018, suite à la diffusion du résultat pour le moins alarmant d’un sondage sur le sexisme subi par des étudiant-e-s en médecine. Les témoignages recueillis impliquent majoritairement des hommes auteurs et des femmes victimes, plus précisément des supérieurs hiérarchiques sur des stagiaires, et ce dans plusieurs services et hôpitaux suisses et étrangers. Le corps médical et les milieux hospitaliers dégagent souvent une image positive, du fait de leur mission : se mettre au service des autres. Pourtant, l’hôpital est une entreprise comme les autres et n’échappe malheureusement pas au sexisme et au harcèlement.

Clash ! a mené trois projets à ce jour : la création d’une campagne de sensibilisation au sein du CHUV (où le sondage fut mené), la mise en place d’une antenne téléphonique d’écoute gérée par des étudiant-e-s et la création d’un cours pratique obligatoire sur la problématique du sexisme et du harcèlement sexuel. Clash ! organise également régulièrement des conférences, des ateliers, des expositions ou encore des projections de films sur le sujet. Un cycle d’événements autour des menstruations devait démarrer en mars dernier, mais a été malheureusement reporté à cause du COVID-19.

La campagne de sensibilisation a été réalisée en collaboration avec le CHUV en automne 2018 et diffusée uniquement dans le centre hospitalier. L’idée de la campagne était de reprendre des extraits de témoignages issus du sondage et de les placarder dans les couloirs de l’hôpital. Clash ! a reçu le prix Egalité de la part du centre de liaison des associations féminines vaudoises, soutenu par le bureau de l’égalité du canton de Vaud. Ce prix est décerné tous les deux ans ; il récompense une institution qui, par son activité, fait preuve d’un mérite particulier dans l’engagement pour le droit des femmes et l’égalité des genres.

Maurane s’occupe de divers projets, dont par exemple, la présence de l’association lors de la grève féministe du 14 juin 2019. Elle raconte une anecdote à ce sujet : une réunion était organisée pour mobiliser les hommes étudiants afin de leur déléguer diverses tâches et de permettre ainsi aux étudiantes de faire la grève. Aucun homme ne s’est présenté. Maurane semble déçue, mais pas défaitiste. Il y a selon elle encore beaucoup d’inertie et un manque d’engagement de la part des étudiants, sûrement en partie à cause de la pression que peuvent représenter les études de médecine.

Clash ! s’adresse seulement aux étudiant-es en médecine à Lausanne. Un espace pour les collaborateurs du CHUV a été mis en place, mais Maurane estime qu’il existe un biais pour la sécurité des plaignant-e-s. En effet, la peur est souvent un frein : la majorité n’ose pas dénoncer les comportements déplacés auprès de la direction de l’hôpital ou des responsables de la faculté de médecine, de crainte que cela puisse avoir des conséquences sur leur carrière.

« Il faut tenir ! »

Selon les chiffres de la Fédération des médecins suisses, les femmes sont toujours plus nombreuses à s’engager dans la médecine. Néanmoins, à mesure que l’on monte dans l’échelle hiérarchique, le nombre de femmes médecins diminue. Bonne nouvelle, la prochaine génération semble se féminiser, puisque chez les médecins âgés de 24 à 44 ans, le nombre de femmes est de 7’702 alors que les hommes sont au nombre de 5’626.

Différentes initiatives et mouvements ont été mis en place dans ce domaine. Pour plus d’égalité, et ce, dès la formation, l’association suisse des médecins assistant-e-s et chef-fe-s de clinique section Vaud (ASMAV) propose notamment aux femmes et aux hommes davantage de postes à temps partiel, à tous les niveaux hiérarchiques. L’Association des étudiants en médecine de l’Université de Lausanne (AEML) a de son côté décidé d’utiliser le féminin par défaut afin de promouvoir l’égalité des sexes quitte à la forcer en perturbant les mentalités. A Genève, la prise de conscience a aussi lieu : l’association MEDFEM, créée en 2018, a pour but de « relever les défis liés à la féminisation de la médecine”.

Maurane conclut la discussion en priant – pour qui nous entend – de ne pas se décourager, de continuer à militer et à s’engager : « Il faut tenir ! ».

Par Marine Dandelot, publié le 18.09.2020
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Rencontre avec deux membres de l’association lausannoise Clash ! qui racontent pourquoi elles se sont engagées.

Maurane et Joëlle sont toutes les deux étudiantes en médecine à Lausanne, respectivement en sixième et troisième année. Sous des airs de prime abord réservés, les deux jeunes femmes s’animent rapidement lorsque la discussion s’enclenche. Le sujet leur tient à cœur : « J’ai toujours prêté attention au sexisme ordinaire » explique Maurane, pour qui s’engager relève de l’évidence. Elle a fait partie de nombreuses autres associations par le passé et le combat mené par Clash ! lui a tout de suite parlé, raison pour laquelle elle a décidé de les rejoindre. Joëlle, elle, vient tout juste d’y adhérer, en tant que secrétaire de l’Association.

« Je ne suis plus surprise, mais toujours choquée. »

Joëlle a entendu de nombreuses anecdotes dénonçant des comportements déplacés, notamment par le biais de sa sœur qui travaille dans le milieu hospitalier. Elle confie également avoir assisté à une scène qui l’a profondément choquée au début de ses études. Lors d’un examen oral, alors qu’elle attend son tour et prépare sa réponse, elle entend le professeur poser une question s’écartant totalement du sujet de l’examen puisqu’il ne s’agissait rien de moins que de s’intéresser aux tailles de pénis qui conviendraient le mieux à l’étudiante qui passait son oral. On peut sentir la tension et la colère dans les yeux de Joëlle : « Je n’ai pas l’habitude de garder ma langue dans ma poche, mais là, je me suis sentie impuissante. La réputation du professeur le précède et jamais aucune réprimande n’a été faite jusque-là » déplore-t-elle.

La plupart des anecdotes semblent anodines, mais il s’agit bien de sexisme ordinaire. Dans le cadre des stages, lorsque les professeurs présentent les cas des différents patients, Maurane explique que souvent, ils s’adressent aux hommes, alors qu’ils sont en minorité dans la pièce. Autre exemple, lorsqu’il s’agit d’échanges entre deux portes, Maurane constate qu’on lui réserve des questions personnelles alors que les questions qui sont adressées à son homologue masculin se cantonnent à la sphère professionnelle.

Pour une prise de conscience

Clash ! Collectif de lutte contre les attitudes sexistes en milieu hospitalier est né à Lausanne, au printemps 2018, suite à la diffusion du résultat pour le moins alarmant d’un sondage sur le sexisme subi par des étudiant-e-s en médecine. Les témoignages recueillis impliquent majoritairement des hommes auteurs et des femmes victimes, plus précisément des supérieurs hiérarchiques sur des stagiaires, et ce dans plusieurs services et hôpitaux suisses et étrangers. Le corps médical et les milieux hospitaliers dégagent souvent une image positive, du fait de leur mission : se mettre au service des autres. Pourtant, l’hôpital est une entreprise comme les autres et n’échappe malheureusement pas au sexisme et au harcèlement.

Clash ! a mené trois projets à ce jour : la création d’une campagne de sensibilisation au sein du CHUV (où le sondage fut mené), la mise en place d’une antenne téléphonique d’écoute gérée par des étudiant-e-s et la création d’un cours pratique obligatoire sur la problématique du sexisme et du harcèlement sexuel. Clash ! organise également régulièrement des conférences, des ateliers, des expositions ou encore des projections de films sur le sujet. Un cycle d’événements autour des menstruations devait démarrer en mars dernier, mais a été malheureusement reporté à cause du COVID-19.

La campagne de sensibilisation a été réalisée en collaboration avec le CHUV en automne 2018 et diffusée uniquement dans le centre hospitalier. L’idée de la campagne était de reprendre des extraits de témoignages issus du sondage et de les placarder dans les couloirs de l’hôpital. Clash ! a reçu le prix Egalité de la part du centre de liaison des associations féminines vaudoises, soutenu par le bureau de l’égalité du canton de Vaud. Ce prix est décerné tous les deux ans ; il récompense une institution qui, par son activité, fait preuve d’un mérite particulier dans l’engagement pour le droit des femmes et l’égalité des genres.

Maurane s’occupe de divers projets, dont par exemple, la présence de l’association lors de la grève féministe du 14 juin 2019. Elle raconte une anecdote à ce sujet : une réunion était organisée pour mobiliser les hommes étudiants afin de leur déléguer diverses tâches et de permettre ainsi aux étudiantes de faire la grève. Aucun homme ne s’est présenté. Maurane semble déçue, mais pas défaitiste. Il y a selon elle encore beaucoup d’inertie et un manque d’engagement de la part des étudiants, sûrement en partie à cause de la pression que peuvent représenter les études de médecine.

Clash ! s’adresse seulement aux étudiant-es en médecine à Lausanne. Un espace pour les collaborateurs du CHUV a été mis en place, mais Maurane estime qu’il existe un biais pour la sécurité des plaignant-e-s. En effet, la peur est souvent un frein : la majorité n’ose pas dénoncer les comportements déplacés auprès de la direction de l’hôpital ou des responsables de la faculté de médecine, de crainte que cela puisse avoir des conséquences sur leur carrière.

« Il faut tenir ! »

Selon les chiffres de la Fédération des médecins suisses, les femmes sont toujours plus nombreuses à s’engager dans la médecine. Néanmoins, à mesure que l’on monte dans l’échelle hiérarchique, le nombre de femmes médecins diminue. Bonne nouvelle, la prochaine génération semble se féminiser, puisque chez les médecins âgés de 24 à 44 ans, le nombre de femmes est de 7’702 alors que les hommes sont au nombre de 5’626.

Différentes initiatives et mouvements ont été mis en place dans ce domaine. Pour plus d’égalité, et ce, dès la formation, l’association suisse des médecins assistant-e-s et chef-fe-s de clinique section Vaud (ASMAV) propose notamment aux femmes et aux hommes davantage de postes à temps partiel, à tous les niveaux hiérarchiques. L’Association des étudiants en médecine de l’Université de Lausanne (AEML) a de son côté décidé d’utiliser le féminin par défaut afin de promouvoir l’égalité des sexes quitte à la forcer en perturbant les mentalités. A Genève, la prise de conscience a aussi lieu : l’association MEDFEM, créée en 2018, a pour but de « relever les défis liés à la féminisation de la médecine”.

Maurane conclut la discussion en priant – pour qui nous entend – de ne pas se décourager, de continuer à militer et à s’engager : « Il faut tenir ! ».

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