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Ces personnages suisses qui ont tiré profit du commerce triangulaire esclavagiste

Publié par
TOPO Genève

Par Estelle Liechti, publié le 8 juillet 2020
Voir l’article source sur TOPO

Le mouvement Black Lives Matter prenant une nouvelle ampleur ces dernières semaines, cet article y fait indirectement écho, en s’intéressant au rôle joué par différents personnages suisses ayant constitué leur fortune et leur pouvoir grâce au commerce triangulaire et à la traite d’esclaves.

Les récentes protestations américaines faisant suite à la mort de George Floyd, afro-américain décédé dans une affaire de violence policière [1], s’étendent au reste de la planète et n’épargnent pas la Suisse. En effet, différentes manifestations en faveur du mouvement Black Lives Matter ont eu lieu dans plusieurs villes helvétiques [2]. Celles-ci ont revalorisé les débats relatifs au racisme et à l’esclavagisme, notamment au rôle joué par la Suisse dans la traite d’esclaves.

Comme nous l’explique l’historien Hans Fässler dans son livre Une Suisse esclavagiste : voyage dans un pays au-dessus de tout soupçon, « des commerçants, militaires et scientifiques suisses ont été impliqués dans toutes les activités importantes de l’esclavagisme : ils ont placé de l’argent dans les sociétés coloniales, ont participé aux expéditions du commerce triangulaire, ont pratiqué la traite des esclaves et donné leur caution idéologique et leur soutien militaire à l’esclavage ». Cet article s’intéresse spécifiquement aux activités de certains personnages helvétiques, en cherchant à exemplifier et à rendre compte de leurs actions [3].

Premièrement, le neuchâtelois David de Pury, présenté comme un bienfaiteur du fait de ses nombreuses actions en faveur de sa ville d’origine, aurait notamment constitué sa fortune sur la base du commerce de diamants brésiliens. Provenant d’une famille possédant des esclaves aux Etats-Unis, il a également été actionnaire et employé de différentes entreprises ayant acheté plusieurs milliers d’esclaves africains [4]. Pour ces nombreuses raisons, une pétition, qui a déjà recueilli plusieurs centaines de signatures, vient d’être lancée afin de retirer sa statue de la place Pury [5].

Cette polémique fait écho à celle de l’espace Louis Agassiz de l’université de Neuchâtel. En effet, ce scientifique a été sujet à critiques du fait de ses théories raciales, affirmant au sujet des personnes noires : « je ressentis de la pitié à la vue de cette race dégradée et dégénérée et leur sort m’inspira de la compassion à la pensée qu’il s’agissait véritablement d’hommes » [6]. La place en question est désormais nommée Tilo Frey en hommage à la première femme de couleur ayant été élue au Conseil National [7], [8].

Toujours à Neuchâtel, la famille de Meuron a également pris part au commerce triangulaire du 18ème siècle : possédant des usines et des plantations au Brésil, elle a employé des dizaines d’esclaves travaillant dans les champs de tabac et tissant des indiennes [9]. De leur côté, les neuchâtelois Jacques-Louis de Pourtalès et Alexandre DuPeyrou ont également tiré profit de l’esclavagisme, respectivement en fabriquant des produits coloniaux et en employant des esclaves [10].

D’autres villes de Suisse ne se trouvent pas en reste : à Genève de nombreuses familles de banquiers et de négociants (Thellusson et Necker, Picot-Fazy, Dunant, Peschier, etc.) ont également fait fortune en employant des esclaves dans diverses plantations aux Caraïbes et au Suriname [11]. A Saint-Gall et Zurich, même constat : des acteurs politiques suisses ont (in)directement tiré profit du commerce transatlantique, principalement en étant détenteurs de plantations ou de commerces employant des esclaves [12]. Enfin, des bateaux appartenant à des sociétés bâloises et vaudoises, telles que Handelshaus Burchhardt ou Illens & Van Berchem, ont déporté des milliers d’esclaves africains vers le continent américain [13] ; [14].

De ce fait, bien que la Suisse n’ait pas directement possédé de colonies ou de flottes navales, certains de ses citoyens ont pu constituer leur patrimoine à partir de l’esclavagisme. Afin de comprendre et de situer les revendications actuelles liées aux droits et aux violences perpétrées à l’encontre des personnes racisées, il est important de ne pas minimiser le rôle du pays dans l’esclavagisme du 18ème siècle, comme nous l’indique Hans Fässler : « selon les estimations, la Suisse aurait participé à la déportation et à l’exploitation dans des plantations de plus de 150 000 esclaves. Proportionnellement à la taille du pays et au nombre d’habitants, la Suisse a donc, en moyenne, participé autant que les autres pays européens à l’esclavage ».

Par Estelle Liechti, publié le 8 juillet 2020
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Le mouvement Black Lives Matter prenant une nouvelle ampleur ces dernières semaines, cet article y fait indirectement écho, en s’intéressant au rôle joué par différents personnages suisses ayant constitué leur fortune et leur pouvoir grâce au commerce triangulaire et à la traite d’esclaves.

Les récentes protestations américaines faisant suite à la mort de George Floyd, afro-américain décédé dans une affaire de violence policière [1], s’étendent au reste de la planète et n’épargnent pas la Suisse. En effet, différentes manifestations en faveur du mouvement Black Lives Matter ont eu lieu dans plusieurs villes helvétiques [2]. Celles-ci ont revalorisé les débats relatifs au racisme et à l’esclavagisme, notamment au rôle joué par la Suisse dans la traite d’esclaves.

Comme nous l’explique l’historien Hans Fässler dans son livre Une Suisse esclavagiste : voyage dans un pays au-dessus de tout soupçon, « des commerçants, militaires et scientifiques suisses ont été impliqués dans toutes les activités importantes de l’esclavagisme : ils ont placé de l’argent dans les sociétés coloniales, ont participé aux expéditions du commerce triangulaire, ont pratiqué la traite des esclaves et donné leur caution idéologique et leur soutien militaire à l’esclavage ». Cet article s’intéresse spécifiquement aux activités de certains personnages helvétiques, en cherchant à exemplifier et à rendre compte de leurs actions [3].

Premièrement, le neuchâtelois David de Pury, présenté comme un bienfaiteur du fait de ses nombreuses actions en faveur de sa ville d’origine, aurait notamment constitué sa fortune sur la base du commerce de diamants brésiliens. Provenant d’une famille possédant des esclaves aux Etats-Unis, il a également été actionnaire et employé de différentes entreprises ayant acheté plusieurs milliers d’esclaves africains [4]. Pour ces nombreuses raisons, une pétition, qui a déjà recueilli plusieurs centaines de signatures, vient d’être lancée afin de retirer sa statue de la place Pury [5].

Cette polémique fait écho à celle de l’espace Louis Agassiz de l’université de Neuchâtel. En effet, ce scientifique a été sujet à critiques du fait de ses théories raciales, affirmant au sujet des personnes noires : « je ressentis de la pitié à la vue de cette race dégradée et dégénérée et leur sort m’inspira de la compassion à la pensée qu’il s’agissait véritablement d’hommes » [6]. La place en question est désormais nommée Tilo Frey en hommage à la première femme de couleur ayant été élue au Conseil National [7], [8].

Toujours à Neuchâtel, la famille de Meuron a également pris part au commerce triangulaire du 18ème siècle : possédant des usines et des plantations au Brésil, elle a employé des dizaines d’esclaves travaillant dans les champs de tabac et tissant des indiennes [9]. De leur côté, les neuchâtelois Jacques-Louis de Pourtalès et Alexandre DuPeyrou ont également tiré profit de l’esclavagisme, respectivement en fabriquant des produits coloniaux et en employant des esclaves [10].

D’autres villes de Suisse ne se trouvent pas en reste : à Genève de nombreuses familles de banquiers et de négociants (Thellusson et Necker, Picot-Fazy, Dunant, Peschier, etc.) ont également fait fortune en employant des esclaves dans diverses plantations aux Caraïbes et au Suriname [11]. A Saint-Gall et Zurich, même constat : des acteurs politiques suisses ont (in)directement tiré profit du commerce transatlantique, principalement en étant détenteurs de plantations ou de commerces employant des esclaves [12]. Enfin, des bateaux appartenant à des sociétés bâloises et vaudoises, telles que Handelshaus Burchhardt ou Illens & Van Berchem, ont déporté des milliers d’esclaves africains vers le continent américain [13] ; [14].

De ce fait, bien que la Suisse n’ait pas directement possédé de colonies ou de flottes navales, certains de ses citoyens ont pu constituer leur patrimoine à partir de l’esclavagisme. Afin de comprendre et de situer les revendications actuelles liées aux droits et aux violences perpétrées à l’encontre des personnes racisées, il est important de ne pas minimiser le rôle du pays dans l’esclavagisme du 18ème siècle, comme nous l’indique Hans Fässler : « selon les estimations, la Suisse aurait participé à la déportation et à l’exploitation dans des plantations de plus de 150 000 esclaves. Proportionnellement à la taille du pays et au nombre d’habitants, la Suisse a donc, en moyenne, participé autant que les autres pays européens à l’esclavage ».


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